« Picorer » signifie littéralement « chercher sa nourriture ». Cette rubrique se veut être un espace de liberté, de calme, de recherche. Vous y trouverez chaque mois de brèves méditations, des prières, quelques réflexions…
Notre souhait est que vous trouviez dans ces mots des compagnons, des guides ; qu’ils vous donnent des forces pour tracer le chemin qui est le vôtre, unique.
Bonne mise en route…




. 3 Qu'est ce que l'Eglise ?
. 2 Apaisement et unité
. 1 Reposez-vous un peu





Article 3 - Qu'est-ce que l'Eglise ? - Novembre
Pasteure Laurence Flachon

On peut lire le livre des Actes au chapitre 2, verset 42.

Ami lecteur ou lectrice, si vous fermiez les yeux un instant et tentiez de répondre à la question suivante : « qu’est-ce que l’Eglise ? », quelle image vous viendrait-elle à l’esprit ? Celle d’un bateau, où tous les membres d’équipage, solidaires, affrontent les tempêtes des déchirements et des crises comme les calmes plats des pratiques rituelles vidées de signification ? Celle d’un clocher rythmant les grands évènements de nos existences mais souvent oublié dans nos quotidiens encombrés ? Ou bien celle d’une chorale constituée de personnes différentes, uniques mais tentant, ensemble, chacune avec leur propre talent, de faire jaillir l’harmonie ? Et s’il fallait choisir un animal ? Une colombe, un aigle ? Un éléphant ? (certes lourd, mais fort, stable, et vivant longtemps….)

Imaginez l’Eglise, rêvez l’Eglise… est un exercice qui nous invite à voir plus loin que la réalité vécue, celle qui, parfois nous déstabilise ou nous décourage. Un exercice qui nous incite à désirer, à espérer, à définir ce qui nous semble essentiel… et à le mettre en œuvre pour que l’Eglise soit l’Eglise.

La Bible nous offre des images belles et variées pour évoquer l’Eglise.
On y parle de l’Eglise comme d’une maison, un lieu spacieux, où chacun peut se réfugier, y trouver une place, s’y sentir bien. Un lieu de paix à la fois protecteur et ouvert sur l’extérieur.
L’Eglise est également comparée à une vigne : dans l’évangile de Jean, elle se définit par l’attachement de chacun de ses membres au Christ, comme les sarments sont attachés au cep. L’Eglise, se fait ici discrète, humble, infiniment précieuse dans sa simplicité et dans sa vocation à grandir.

Enfin, l’image du corps est souvent utilisée par l’apôtre Paul pour évoquer l’Eglise. Elle permet de dire la diversité et la complémentarité de tous les membres. Comme les différentes parties de notre corps, chaque personne est reconnue dans sa singularité, elle a une place que nul ne peut lui ravir et contribue, avec le talent qui est le sien, au dynamisme de l’ensemble. Car le corps, comme l’Eglise, n’est pas fait pour demeurer immobile !
Qu’est-ce que l’Eglise ?

Les définitions les plus simples sont souvent les meilleures. Les premières communautés chrétiennes ont été confrontées à cette question ainsi qu’en témoigne le texte du livre des Actes 2, 42. Quatre caractéristiques essentielles sont évoquées : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, le partage du pain et la prière.
Qu’avons-nous fait de cette définition ? Qu’en faisons-nous aujourd’hui ? Dans nos réalités et nos pratiques ecclésiales contemporaines, cette définition est-elle de l’ordre de l’histoire, de l’actualité ou de la « piqure de rappel » ?

Elle a le mérite de nous rappeler que l’enseignement est prioritaire dans l’Eglise. L’Eglise, créée par la Parole (Jean 1), commence toujours par des paroles. L’Eglise est un lieu essentiel de l’interprétation et de l’actualisation du texte biblique.
La communion fraternelle évoque ensuite un partage concret : que ce soit à travers l’entraide ou la collecte, l’Eglise est un lieu de solidarité.

La troisième « caractéristique » de l’Eglise se joue dans la « fraction du pain ». Belle expression, en-deçà de nos divergences d’interprétations de l’eucharistie/Sainte Cène, et qui a le mérite de rendre à ce moment son aspect quotidien et familier : l’Eglise, à l’image de la famille, est aussi ce lieu où l’on prend un repas ensemble dans la joie, la convivialité et la reconnaissance.

Enfin, « les » prières. Car il y a bien des manières de prier : seul ou ensemble, avec les mots les plus simples ou les plus élaborés, mais toujours avec cette disponibilité du cœur qui nous fait prendre un temps à part, pour Dieu, dans nos vies.

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Article 2 - Apaisement et unité - Octobre
Pasteure Laurence Flachon

« Pourquoi êtes-vous peureux ? N’avez-vous pas encore de foi ? »
Pour trouver le contexte de ces paroles de Jésus qui s’adresse à ses disciples alors qu’ils sont au cœur d’une tempête on peut lire l’évangile de Marc au chapitre 4 les versets 35-41.

Étrange traversée. Curieux chemin que celui de suivre Jésus.
Chemin de confiance accordée, chemin donc difficile à déployer.
Qui est-il donc, celui-ci, que même le vent et la mer lui obéissent ?
Qui est-il ?
Dans mes endormissements et dans mes craintes
Qui est-il ?
Au creux de mes journées lumineuses ou tempétueuses,
Sera-t-il celui par qui je me laisse apaiser?
Car la foi porte un autre nom : la confiance.
Confiance en ce Dieu qui vient à nous sans s’imposer,
Confiance malgré Sa discrétion qui ressemble parfois à l’absence,
Confiance… car Il pose sur nous sa bénédiction et nous revêt d’une dignité inaliénable

Et parfois, la tempête, ce ne sont pas les évènements extérieurs qui nous malmènent mais bien le chaos intérieur qui nous bouleverse profondément…
A l’image de cet homme qui erre nu dans les cimetières, banni par la société tant son comportement étrange dérange.
On peut lire le récit de sa rencontre avec Jésus dans l’évangile de Marc au chapitre 5, les versets 1-10
Jésus arrive au pays des Gérésaniens. « Guérazza » signifie « être coupé, retranché ». Guérazza, un lieu d’aridité, un lieu clos, coupé des autres et de Dieu.
Un homme est « possédé ». Il lui est impossible de trouver son identité. C’est là sa souffrance. Il s’appelle « Légion » parce qu’il est beaucoup. Un homme conscient du chaos en lui, des ruptures qui l’habitent. Il est divisé contre lui-même et cette maladie l’entraîne, spirituellement, vers la mort.

Étrange rencontre que celle de cet homme et de Jésus.
Qui est Jésus ?
Celui qui se moque bien des frontières sociales ou religieuses.
Celui qui, face à la souffrance qui se transforme parfois en rage tant elle est intense, demeure sur place et y fait face.
Voir la souffrance et écouter la souffrance…
Savons-nous soutenir la vue du visage concret d’une personne qui souffre ?

Qui est Jésus ?
Celui qui pratique la compassion.
Cette expérience qui nous fait sentir ou souffrir avec l’autre et non à sa place.
Cette expérience qui nous oblige à regarder en face et vivre parfois notre propre impuissance vis-à-vis de la souffrance.
Comment faire en sorte que la compassion ne soit pas étouffée par l’indifférence, le refoulement, l’habitude ou la peur ?
Qui est Jésus ?
Celui qui continue de voir derrière la souffrance et l’enfermement intérieur … la PERSONNE, créé à l’image de Dieu.
Celui qui guérit, non de manière magique, mais par « l’art et le labeur de la rencontre et du dialogue » comme le dit si bien Luciano Manicardi.

Derrière la souffrance, au-delà de la souffrance, il y a toujours une personne. Ne réduisons pas l’autre à sa souffrance, n’en faisons pas un « objet » de soin. A travers l’accueil, l’écoute, la compassion c’est la reconnaissance de l’autre en tant que personne libre, digne et aimée de Dieu qui se joue.

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Article 1 - Reposez-vous un peu Juillet
Pasteure Laurence Flachon



« Venez à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu »
(Évangile de Marc, chapitre 6, verset 31) On peut lire les versets 30 à 34 pour découvrir le contexte de cette phrase.

Bien sûr, les vacances arrivent pour la plupart d’entre nous. A l’image des compagnons de Jésus qui ont transmis son enseignement dans toutes les villes où ils sont passés, nous sommes fatigués.

Comme eux, dans notre contexte professionnel ou familial, nous avons voulu faire le maximum. Comme eux, nous avons couru, nous nous sommes agités, nous n’avons pas même pris le temps de manger parfois pour servir des objectifs et des causes.
Comme aux disciples hier, Jésus nous adresse cette parole aujourd’hui : « Venez à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ». Oui, prenez de la distance, prenez un temps de solitude avec vous-même, sachez vous couper, même brièvement, des sollicitations extérieures pour vous retrouver, pour vous reposer.
Savons-nous prendre ces temps de repos-là ?

J’ai parfois le sentiment que la vie nous disperse, nous fractionne en milliers de petites et grandes obligations. Elles nous occupent, elles nous remplissent.
Pourquoi pas un peu de vide, un peu d’espace pour se retrouver face à soi-même ?
Pourquoi pas un peu de vide, un peu d’espace pour se retrouver face à Dieu ?
Partons à la recherche de ce temps nécessaire pour nous recentrer sur nous-mêmes ; pour ressentir à nouveau ce qui nous fait vivre, ce qui nous nourrit, ce qui nous redonne du souffle.

Temps essentiel où nous reprenons des forces pour, ensuite, retourner vers les autres. Et parvenir à être réellement disponible et présent pour eux.
Car il y a dans nos relations différentes qualités d’attention à l’autre.
Il faut imaginer les disciples enthousiastes voulant raconter à Jésus ce qu’ils ont vécu. Jésus écoute, il reconnaît leur travail.

Mais il entend aussi ce qui ne se dit pas. La fatigue voir l’épuisement de ces hommes qui ont parcouru les routes soucieux de porter son message.
C’est à la personne tout entière que Jésus accorde son attention.
Chacun, chacune de nous avec ses élans, ses forces, ses enthousiasmes, mais aussi ses faiblesses et ses limites.

Tentons de porter ce regard bienveillant et lucide sur nous-mêmes et sur les autres.
Tentons de considérer nos limites non comme des restrictions toujours à repousser mais comme des garde-fous qui nous permettent de sauvegarder l’espace et le temps dont nous avons besoin pour nous retrouver disponible à nous-mêmes, aux autres et à Dieu.
Cet été, cette année et plus tard… reposez-vous un peu.

Laurence Flachon


Pour poursuivre cette réflexion, quelques mots extraits de la règle des diaconesses de Reuilly une communauté protestante fondée en 1841 par Caroline Malvesin et le Pasteur A. Vermeil. Elle rassemble des femmes issues de différentes familles du protestantisme pour une vie de type monastique avec un double engagement : social et spirituel.

« Ordonne ta vie à la paix qui ne retient pas les torts et continue d’aimer quand l’amour est assombri.
Ordonne ta vie à la rencontre de Dieu qui t’attend au cœur des évènements afin que tu ne restes pas seul.
Ordonne ta vie au sérieux et à l’honneur de vivre.
Ordonne –la aussi à la gratuité des heures, aux bonheurs que l’on reçoit et que l’on offre.
Ordonnes ta vie, donne-lui un rythme, l’alternance des jours et des nuits, des repos et des peines.
Ordonne ta vie à l’émerveillement. Tu as toute la terre, tout le ciel, tout l’univers pour exercer tes pas, pour ouvrir tes yeux et célébrer ta louange.
Apprends à travailler dans le calme et la paix –autant que le permettent les situations.
Ordonne ta vie et donne-lui les vraies priorités.
Discerne-les dans le silence et la prière.
Que la bienveillance et l’espérance t’accompagnent !
Alors un chant de paix montera de toi, envahira les lieux où tu demeures et ouvrira des visages à l’espérance pour demain. »

(c) 2009 - Eglise Protestante de Bruxelles - paroisse du Musée - Belgique