BLOG DE PICORAGE SPIRITUEL

Nul n’est prophète en son pays

Luc 4, 20-29

Lorsque l’on accueille un étranger dans sa maison, on se prépare : on fait de l’ordre, on imagine comment le séjour pourrait lui être le plus agréable possible, le plus confortable. Et puis l’on dégage du temps aussi pour le recevoir, pour l’écouter. Il faut faire un peu de vide pour se rendre disponible à l’autre. Il ou elle arrive, nous échangeons, nous l’écoutons, il nous fait part de son expérience de sa manière de vivre, de voir les choses. C’est intéressant, c’est… différent, cela peut-être dérangeant.

Être bousculé, bien sûr, cela n’est pas très confortable. C’est ce qui est arrivé aux personnes qui se réjouissaient d’entendre, ce matin-là à la synagogue, l’enfant du pays, le fils de Joseph. Jésus choque en soulignant la foi sincère de gens considérés comme des étrangers, des païens. Alors que son propos avait d’abord suscité l’admiration, il finit par provoquer la colère, la violence. La parole de Jésus n’est pas entendue, il n’est pas accueilli. Il part. La foi n’est pas compatible avec la contrainte, on ne l’impose pas. Elle relève d’une liberté, celle de choisir d’accueillir le don que Dieu nous fait. On ne peut forcer personne à faire confiance.

Jésus passe au milieu d’eux. Parfois, nous sommes si bien aveuglés, enchaînés par nos intérêts, nos cultures, nos connaissances que nous pouvons laisser passer Celui qui vient à nous avec amour, Celui qui vient pour nous. Dans ce récit Jésus se rend « étranger », « dérangeant » en contestant, de l’intérieur du milieu qu’il connaît bien et qui croit le connaître, ses convictions et ses préjugés.

« Nul n’est prophète en son pays ». C’est toujours de « l’étranger » qu’arrive le prophète. Dans son ouvrage Totalité et infini, le philosophe Lévinas écrivait : « L’autre, qui m’est autre, ne se résorbe pas dans mon identité de pensant et de possédant… ».

Il est toujours tellement plus facile de demeurer « l’enfant du pays » et de partager toutes les convictions d’un groupe dont on fait partie. Pourtant, en matière de foi, Il nous faut aller au-delà, au-dehors pour être fidèle à ce souffle qui nous accompagne, cette parole qui nous porte, cet amour dont nous sommes appelés à être les témoins.

« Nul n’est prophète en son pays ». Oui, changer de lieu, surprendre, casser les habitudes favorisent l’écoute. Peut-être pourrions-nous, quand nous ouvrons la Bible, accueillir cette Parole en lui faisant de la place, en la laissant grandir, mûrir en nous, nous déranger dans nos certitudes, nous bousculer dans nos illusions… Parfois, on croit le message de l’Evangile si familier que l’on n’y prête qu’une oreille distraite. Le Christ ne peut être reçu favorablement que comme un étranger, c’est-à-dire comme quelqu’un qui nous surprend, nous met en route, nous appelle à « sortir de notre pays ». Et cela est bien sûr, moins une question de géographie que d’existence…

Laurence Flachon