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  • eglisedumusee

40 jours pour... casser la ronde des hésitations

« Et maintenant, pourquoi attendre encore ? »

Oui pourquoi tarder, remettre au lendemain ?

Nous hésitons.

Nous avons peur.

Nous voudrions avoir des assurances, des certitudes.

« Mais oui, tout se passera bien", "Mais oui, c’est une bonne décision !».

Et nous restons là, au milieu du gué, pris entre le désir de bouger, d’aller de l’avant et le confort d’une situation, certes imparfaite, mais familière.


Parfois, il faut plonger. "Simplement".

Comme dans ce tableau de Mark Rothko[1].

S'immerger dans l'œuvre.

Une fusion sensorielle.

Dans ses espaces de lumière intérieure, se laisser transformer.


« Et maintenant, pourquoi attendre encore ?"

Ce sont les mots qu’Ananias adresse à l’apôtre Paul lors de sa conversion sur le chemin de Damas (Actes 22, 1-16). Dans le livre des Actes, la conversion de l'apôtre Paul -qui avait longtemps persécuté les chrétiens- est évoquée à trois reprises.


Le philosophe Michel de Certeau comprend ces répétitions comme le « lent parcours du discours en quête de sa vérité ». A travers cette Parole qui dit et dit à nouveau mais autrement et pas uniquement le même, nous voici interpellés avec Paul sur la construction de notre identité de croyant.e comme en attestent les deux questions posées par l'apôtre « Qui es-tu Seigneur ? » et « Que dois-je faire Seigneur ? ».


La foi n’est ni un immobilisme ni un paquet de certitudes fermé une fois pour toutes, elle est une relation vivante.

Quand Paul demande « Qui es-tu Seigneur ? ». La réponse qui lui parvient est : « Jésus le Nazoréen, celui que tu persécutes ».

L’homme Jésus, venu partager notre condition humaine jusqu’au bout, jusque dans la souffrance pour que nous ne soyons jamais livrés à elle sans la certitude qu’il se tient à nos côtés, qu’il l'habite avec nous.

« Dieu est toujours du côté du persécuté » dit le Talmud.


A la deuxième question, « Que dois-je faire ? », Paul reçoit la réponse : « Lève-toi, va à Damas ». Pas de rituel sophistiqué, mais une mise en route.

Ailleurs quelque chose t’attend.

Cet ailleurs est aussi au dedans de toi.

Il ouvre une brèche dans ce qui était, de toi, emmuré.

Cette brèche se fait passerelle vers l'A/autre.


Paul vient d’être accusé d’enseigner contre le peuple d’Israël, il présente sa défense.

Il assume son passé. Il raconte sa conversion vécue comme un accomplissement de son identité juive, comme une réinterprétation de sa fidélité sans faille au Dieu des pères.


De l'expressionnisme abstrait, mouvement dont Rothko fait partie, William Seitz a donné la définition suivante :

"l'expression qui passe avant la perfection, la vitalité avant l'achèvement, la fluidité avant le repos, l'inconnu avant le connu, le voilé avant le manifesté, (...) l'intérieur avant l'extérieur".


En observant le parcours de Paul on ne peut que relever sa capacité à transformer la violence qui l’habitait en force constructrice, au service d’un message de vie.

Aucun jugement n'est prononcé sur son passé, il fait partie intégrante d’une histoire du salut qui ouvre vers un avenir possible.

S'il fallait traduire cette dynamique en couleurs, je donnerais ce titre de l'œuvre de Rothko : "jaune sur violet".

Ne pas gémir sur nos échecs, ne pas les ruminer.

La possibilité nous est offerte de recommencer, de changer, et même de transformer la relation à un passé qui, parfois, est peu reluisant.


«Et maintenant, pourquoi attendre encore ? »


Laurence Flachon

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[1] Yellow over purple, 1956

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