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  • eglisedumusee

40 jours pour... retisser nos éparpillements des fils d'une Présence


En Luc 15, nous pouvons lire l'histoire d'une femme qui a perdu une pièce d'argent- une réalité économique non négligeable puisqu'elle représente environ une journée de salaire d’un ouvrier agricole.


" Si une femme possède dix pièces d'argent et qu'elle en perde une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison et chercher avec soin jusqu'à ce qu'elle la retrouve ?

Et quand elle l'a retrouvée, elle appelle ses amies et ses voisines et leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la pièce d'argent que j'avais perdue !”

De même, je vous le dis, il y a de la joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui commence une vie nouvelle."


Pablo Picasso, portrait de Dora Maar.

Une oeuvre du mouvement cubiste pour évoquer cette femme qui cherche.

Le cubisme déconstruit le réel et multiplie les points de vue sur l'objet.

Portrait aux facettes diverses ... telles les interprétations de ce récit.

Qui est cette femme ?

De quoi est-elle en quête réellement ?

Déconstruire, décomposer par éclatement, soustraction puis reconstruire, rassembler en une composition dont l'harmonie est intérieure...


Pour Luther, le Christ peint là son propre portrait. Il n’est pas venu pour exiger mais pour sauver, comme cette femme. Tels cette pièce d'argent, nous nous enfoncions dans les ténèbres et le Christ est venu pour nous sauver.

Luther souligne que cette parabole nous offre donc une vraie consolation et qu’elle devrait nous être aussi familière que le pain et le fromage !


L'américaine Rachel Wahlberg s'appuie sur ce texte pour confesser sa foi :

" Je crois en Jésus qui parlait de Dieu comme d’une femme cherchant la pièce de monnaie perdue, comme d’une femme qui balayait en cherchant ce qui était perdu."

Et cette femme, notons-le, a une identité propre, elle n’est pas définie par rapport à un homme –elle n’est pas veuve, fille de ou « femme de ».

Cette parabole évoque donc, sous l’image d’une femme, un Dieu persévérant qui vient à la rencontre de chacun-e d’entre nous. Pas de recoin inaccessible ou trop sombre pour Dieu, le voici balayant nos erreurs et nos fautes pour nous rendre à la lumière.


On peut encore interpréter cette parabole en s’interrogeant sur ce que peut symboliser cette 10ème pièce d'argent. Car les chiffres ne sont pas anodins : 9 pièces d'argent +1 : c’est une totalité blessée puis rétablie.

Anselm Grün souligne que le chiffre 10 symbolise l’unité intacte d’une personne : avoir 10 pièces, c’est avoir une identité indemne. Dans cette perspective, nous avons là une femme qui part à la recherche de son vrai « moi », de ce centre de gravité qui lui donne son identité et unifie son être intérieur. Elle part à la recherche d’elle-même, en quête de ce qui est perdu.


Cette femme nous parle de ces moments où nous nous sentons divisés en nous-même, tiraillés, où nous ne parvenons plus à prendre de décision car nous ne savons plus qui nous sommes, donc ce que nous voulons. Ces moments où l’on s’entend dire, par exemple, « j’ai perdu ma vocation » et où l’on réalise que certes, les gestes, les mots, l’expertise technique sont là mais que le sens, l’âme n’y est plus. Nous sommes comme absents à nous-mêmes. Et nous avons beau nous agiter en tous sens, multiplier les activités, rien n’y fait.


Alors, il nous faut allumer une lampe, une lampe pour voir clair en nous-même. Quel type de "poussière" s'est-elle infiltrée ? Celle de l’inattention, celle de la fuite ou bien encore celle de la peur ?


Dans la tradition biblique, la lampe représente la lumière de la foi qui éclaire cette réalité d’une autre manière ; elle change notre perspective et nous aide à relever ce qui, en nous, est abimé, à laisser aller de fausses sécurités ou de vains soucis.


Quand la femme retrouve la pièce d'argent, elle a fait ce travail de vigilance spirituelle, elle a retrouvé le chemin vers elle-même, elle s’est retrouvée. Elle s’est rendue disponible pour partir à la recherche de ce qu’il y a de plus authentique en elle, de ce qui donne son unité et son élan à son être, de l’image même de Dieu en elle.


En harmonie avec elle-même, elle peut accéder à de nouvelles relations avec autrui : c’est ce qu’elle choisit de faire en partageant sa joie avec ses amies et voisines.


Laurence Flachon

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