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Senteur

Laurence Flachon


Pour moi, la résurrection à l’odeur des fleurs d’orangers.

Je vivais un deuil et devais célébrer Pâques.

Je pensais aux femmes, entre peur et joie, et à ce Christ « jardinier ».

La Vie m’a poussée, obstinément. La Vie m’a portée, là où je me sentais incapable.

Et au matin de Pâques, les fleurs blanches et délicates d’un vénérable oranger m’attendaient.

L’odeur douce et sucrée des fleurs m’a fait sourire.

La joie m’a gagnée, la vie a triomphé.

Quand je pense à la résurrection, je pense à la vie : la vie maintenant, la vie après.

La vie éternelle que Dieu nous offre et qui change dès à présent notre vie ici.

Si cette espérance ne transforme pas notre quotidien, si elle ne transperce pas nos désillusions et nos souffrances, alors c’est la mort qui a le dernier mot.

Vivre Pâques, c’est mettre nos pas dans ceux du Ressuscité. C’est donc nous engager avec passion dans le difficile travail de « passeur de vie » :

veiller, au plus profond de la nuit d’une souffrance, à ce qu’une brèche permette à la lumière de s’infiltrer ;

accompagner une solitude pour l’ouvrir à l’amitié ;

lézarder les murs de l’indifférence et de l’égoïsme en inventant des gestes qui disent la convivialité et la générosité.

Dans ma communauté, en ces temps de pandémie, je vois ces attitudes se multiplier.

Il y a une vraie vie avant la mort, une qualité de relations qui fait de nous des êtres « éveillés », « relevés » ; la résurrection nous rend attentifs à ne pas passer à côté de cela.


En illustration, La gerbe, une seconde vie Matisse, 1953

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